Droits des minorités non-musulmanes dans une société musulmane

Depuis le regrettable attentat criminel dont a été victime l’église égyptienne d’Alexandrie, les plus opportunistes et clientélistes parmi les détracteurs de l’islam et des musulmans n’ont pas hésité à exploiter malhonnêtement cet évènement tragique pour dénaturer l’image de l’islam et des musulmans dans le but d’entretenir un climat de suspicion et de peur, falsifiant l’histoire pour présenter l’islam comme une religion intolérante qui ne reconnaîtrait pas la liberté religieuse, qui réduirait le non-musulman en terre d’islam à l’état de servitude, dépourvue de doit et opprimé par la méchante religion dominante.

Il est donc nécessaire de rétablir les vérités historiques en mettant en évidence l’extrême tolérance dont les musulmans on fait preuve à l’égard des non-musulmans vivant dans la société musulmane.

En effet, A son arrivée à Médine, Le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, y trouva des juifs et des polythéistes. Il ne pensa guère à élaborer une stratégie ou une politique d’expulsion, de réquisition ou de contrainte. Au contraire, il accepta leur présence de bon gré, proposant à tous les habitants de Médine, musulmans et non musulmans, une constitution garantissant à chacun la liberté religieuse, un pacte de citoyenneté qui garantit à tous une coexistence pacifique. Parmi, les articles les plus importants de cette constitution, nous citons :

– Les juifs forment une communauté avec les Croyants.

– Aux juifs leur religion, et aux musulmans leur religion.

Les juifs forment une communauté avec les Croyants, aux juifs leur religion et aux musulmans leur religion; deux articles constitutionnels qui ont fait de l’état musulman fondé par le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, un état unique dans l’histoire des hommes, puisqu’il reconnaît et garantit deux principes qui n’existent qu’au sein d’états laïques: La liberté religieuse et la citoyenneté égalitaire.

Marcel Boisard dit  à propos de cette constitution: « Le traité que Mohammed passa lors de son arrivée à Médine, avec les douze tribus arabes et les dix juives de la ville, est du plus haut intérêt. Il a pu être considéré comme « la première constitution écrite du monde »… Les juifs et les infidèles de Médine furent acceptés à condition de cesser tous rapports avec les ennemis de l’Islam. Les juifs purent conserver leur religion et bénéficier de droits individuels égaux à ceux des musulmans. Ils avaient accepté l’autorité de Mohammed qui détenait le commandement militaire exclusif et pouvait juger de leur différend en dernière instance, sur la base de la législation biblique… En termes modernes, ils étaient autonomes sur le plan interne »[1]

La diversité religieuse au sein de la société musulmane est donc une vérité incontestée et incontestable.

Droits des minorités non-musulmanes dans une société musulmane

Les non-musulmans résidant au sein de la société musulmane sont appelés par usage « dhimmis » ou « les gens de la dhimma ».

Le terme arabe « dhimma » signifie : pacte, engagement, garantie ou protection. Ils sont ainsi appelés « dhimmis » car ils sont bénéficiaires du pacte que Dieu, le Messager de Dieu et l’ensemble des musulmans leur garantit : vivre en sécurité dans la société musulmane sous la protection de l’état musulman. Nous sommes loin de la définition que certains détracteurs de l’islam donne un ce mot présentant les minorités non musulmanes comme des citoyens de secondes zones réduit à l’état de dhimmitude, servitude.

Ce pacte dont bénéficient les non-musulmans vivant dans la société musulmane leur garantit certains droits :

Le règle principale étant que les non-musulmans vivant parmi les musulmans ont les mêmes droits que les musulmans

Le droit à la protection :

Ce droit comprend leur protection de toute agression extérieure et de toute injustice intérieure.

Dans son livre « al-fourouq » le savant mailikite « al-Qarafi » relate la parole de Ibn Hazm qui dit : « Si l’ennemi se rendait dans nos contrées dans le but d’atteindre les bénéficiaires du pacte « dhimmis », il est de notre devoir de tout mettre en œuvre pour les combattre et de mourir pour cela, afin de protéger quiconque bénéficie du pacte de Dieu et du Messager ».

Lorsque les mongols ont envahit le sham, Ibn Taymiya s’est rendu auprès de Qatlushah » pour négocier la libération des captifs. Le chef mongole accepta de libérer les musulmans mais refusa de libérer les  non-musulmans. Ibn Taymiya dit alors : « Nous ne pouvons accepter que la libération de tous les captifs juifs et chrétiens car ils sont sous notre protection. Nous n’abandonnerons aucun captifs qu’ils soient dhimmi ou musulman ». Devant l’insistance de Ibn Taymiya, le chef mongole finit par libérer tous les captifs.

Quant à leur protection contre toute injustice intérieure, le Prophète (BDSL) dit : « Celui qui opprime un « mou’ahid » (bénéficiaire du pacte) ou lèse son droit ou lui impose une tâche au-dessus de ses forces, ou lui extorque quelque chose, je serai son adversaire le jour de la résurrection »[2], « Celui qui nuit à un « dhimmi », je serai son adversaire, et quiconque m’aura comme adversaire, je triompherai de lui le jour de la résurrection »[3], « Celui qui nuit à un « dhimmi » me nuit, et quiconque me nuit, nuit à Dieu »[4].

La protection de leur sang et de leurs corps :

Le vie du non-musulman est sacré par consensus de tous les savants musulmans à travers le temps. Il est donc formellement interdit de porter atteinte à leur intégrité physique. Le Prophète (BDSL) dit : « Quiconque assassine un « mou’ahid » (bénéficiaire du pacte) ne sentira pas le parfum du paradis, bien que le parfum du Paradis se sent à une distance parcourue en 40 ans »[5].

La protection de leurs biens :

Le Prophète (BDSL) accorda ce pacte aux gens de Najran, qui étaient chrétiens : « Najran et ses alentours bénéficient de la protection de Dieu et de Son Messager Mohammad (BDSL). Ceci comprend : leur biens, leurs églises, leurs temples et tout ce qui est en leur possessions »

Les musulmans ont respecté ce droit si scrupuleusement et si religieusement au point de respecter ce que les non-musulmans considèrent comme un bien estimable quand bien même il n’a aucune valeur chez les musulmans, comme l’alcool et le porc. Ainsi, si un musulman cause un dégât à l’un de ces deux biens appartenant à un non-musulman, il doit le dédommager.

La protection de leur honneur :

L’islam protège l’honneur et la dignité du non-musulman dans la société musulmane au même titre que le musulman. Il est donc interdit de porter atteinte à la dignité du non-musulman par l’insulte, la calomnie, les fausses accusations, la médisance ou par des remarques désobligeantes portant sur son origine, sa croyance ou sa manière de pratiquer. Al-Qarafi dit dans son livre « al-fourouq » : « Le pacte de protection leur garantit de notre part des droits, car ils vivent à nos côtés et sous notre protection conformément à notre engagement envers eux et selon le pacte de Dieu, du Messager (BDSL) et de l’islam. Ainsi, quiconque les agresses ne serait ce que par une parole désobligeante ou par une médisance viole le pacte de Dieu, de Son Messager et de l’islam »

L’assistance en cas d’invalidité, de vieillesse et de pauvreté :

L’islam garantit aux non-musulmans vivant dans une société musulmane une vie digne et convenable.

Aux habitants de al-Hira, en Iraq, Khalid ibn al-Walid consigna par écrit : « Tout homme âgé n’ayant plus la force de travailler, ou ayant été atteint d’une quelconque maladie, ou ayant perdu sa fortune et tombé dans le besoin au point que ses coreligionnaires lui fassent l’aumône, ceux-là seront exonérés de l’impôt (jizya) et vivront à la charge de la trésorerie musulmane, eux et les individus dont ils ont la charge »[6].

La liberté religieuse :

L’islam garantit aux non-musulmans vivant au sein de la société musulmane une liberté religieuse totale en leur permettant de rester fidèles à leur religion. Nul ne peut être contraint à renoncer à sa foi. Toute pression qu’elle soit physique et psychologique est prohibée. Le principe étant le verset coranique : « Nul contrainte en matière de religion »

L’histoire nous démontre qu’aucun peuple musulman n’a essayé d’imposer l’islam aux minorités non-musulmanes.

De même, l’islam protège les lieux de culte des adeptes d’autres religions ainsi que leurs rites cultuels. Dans le pacte ratifié avec les habitants de Jérusalem, le Calife ‘Omar ibn al-Khattab y consigne leur liberté religieuse et la sacralité de leurs temples : « Voilà ce que le serviteur de Dieu, ‘Omar ibn al-Khattab, commandant des croyants, accorde aux habitants de Jérusalem comme sécurité : Il leur accorde la sécurité pour leurs vies, leurs biens, leurs églises, leurs croix et l’ensemble de leur dogme. Leurs églises ne peuvent être habitées, ni démolies, ni profanées. Il en est de même pour l’ensemble des propriétés des églises, de leurs croix et de leurs biens. Ils ne seront pas contraints à renoncer à leur religion. Aucune personne parmi eux ne sera opprimée »[7].

Dans le pacte ratifié avec les habitants de ‘Anat, Khalid ibn al-Walid, sous le califat de Abou Bakr, déclare : « Il leur appartient de faire retentir leurs cloches à toute heure, de nuit comme de jour, sauf aux moments des Prières (musulmanes), et de sortir leurs croix pendant leurs jours de fêtes »[8].

Et contrairement aux idées reçues, l’islam permet la construction d’églises, de synagogues et de temples en terre musulmane. C’est ce qui était pratiqué dès les débuts de l’ère musulmane. Plusieurs églises ont été construites en Egypte durant le premier siècle de l’Hégire dont l’église « Mar Marqus » en Alexandrie construite en l’an 39 et l’an 56 de l’Hégire. La première église construite au Caire fut construite sous le gouvernorat de Maslama ibn Moukhallad sur l’Egypte entre l’an 47 et 67 de l’Hégire. Lorsque ‘Abdoul’Aziz ibn Marwan a construit la ville de Hulwan, il y autorisa la construction d’une église et de deux monastères. Mu’awiyah a entièrement financé, de ses biens personnels, la reconstruction de la grande église de ar-Raha suite à sa destruction causée par un tremblement de terre.

La tolérance dont fait preuve l’islam à l’égard des non-musulmans vivant au sein d’une société musulmane est telle qu’il accorde au non-musulman la liberté religieuse sans le contraindre à renoncer à une pratique qu’il considère obligatoire, ni à faire une chose qu’il considère illicite. Ainsi, si le juif croit qu’il est interdit de travailler le jour du « sabbat », il n’est pas permis de le charger d’un travail ce jour-là, car il ne pourra le faire sans avoir le sentiment de commettre un interdit. De même, si le chrétien considère obligatoire de se rendre à l’église le dimanche, il n’est pas permis de l’en empêcher ce jour-là.

La tolérance dont fait preuve l’islam à l’égard des non-musulmans vivant au sein d’une société musulman est telle qu’il n’imposer au non-musulman aucune restriction dans ce qu’il considère permis dans sa religion, quand bien même ceci est considéré comme illicite en islam.

Par ailleurs, les non-musulmans jouissaient d’une autonomie juridictionnelle.

La liberté de travailler :

L’historien Adam Metz dit à ce sujet : « Rien dans la législation musulmane n’empêchait les non-musulmans vivant au sein de la société musulmane d’exercer un métier. Au contraire, ils étaient fortement présents dans les métiers rentables. Ils étaient banquiers, commerçants, propriétaires de grandes fermes et médecins. Il s’organisaient de manière à ce que les plus grands banquiers du Sham soient juifs, alors que la plupart des médecins et des secrétaires d’état étaient chrétiens. Le chef des chrétiens était le médecin du calife, et les notables juifs faisaient partie e sa cour … » (La civilisation islamique au quatrième siècle de l’Hégire).

Ils avaient également accès à la fonction publique. Plusieurs dhimmi ont atteins les plus hautes fonctions de l’état. Ainsi, le secrétaire d’état de Mou’awiyah était chrétien. L’historien Tritton dit : « Il faut reconnaître que l’attitude des gouverneurs (à l’égard de la minorité non musulmane) était souvent meilleure que ce qu’imposait la loi. La multiplication d’édification d’églises et de temples au sein de villes purement arabes en est la preuve. On trouvait toujours des juifs et des chrétiens dans la fonction publique. Plus encore, ils occupaient parfois les plus hauts postes »[9].

L’historien Adam Metz dit : « L’une des choses qui nous étonne le plus c’est le grand nombre de grands fonctionnaires non musulmans dans l’état islamique. C’était à croire que les chrétiens étaient ceux qui gouvernaient les musulmans en terre d’islam… »[10].

Voici les droits fondamentaux dont jouissent les non-musulmans vivant dans la société musulmane et qui garantissent une coexistence pacifique dans un respect mutuel.

Moncef Zenati

Conférence donnée lors de la 28ème rencontre annuelle des musulmans de France au Bourget, le 22 avril 2011


[1] – Marcel A. Boisard, l’Humanisme de l’Islam, p 145-146

[2] – rapporté par Abou Daoud et al-Bayhaqi

[3] – rapporté par al-Khatib

[4] – rapporté par at-Tabarani

[5] – rapporté par Ahmed et al-Boukhari.

[6] – référence précédente p 16-17

[7] – référence précédente p 20

[8] – « ghayroul-mouslimin fil-moudjtama’il-islami » de Dr. Youssef al-Qaradawi p 20

[9] – référence précédente p 56

[10] – référence précédente p 24

2 Commentaires

  1. Article truffé de mensonges, un vrai gruyère.
    Mais bon, c’est comme l’histoire du « plus y’a de gruyère, plus il y a de trous (de vide) ».
    Toi, t’as vu le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Parce que ça t’arrange.

    Dommage, le doute est la voie de tout progrès.

    PS: tu sais l’accepter ce commentaire, pour voir ?

  2. BarakAllahoufik.
    Tu as bien défini le comportement des détracteurs de l’Islam.
    C’est pourtant évident que c’est cela l’Islam!
    Ils feraient mieux d’en prendre exemple au lieu de générer la haine et la peur, mais nous savons que cela fait parti de leur ruse pour détourner les vrais problèmes et attiser des sentiments inutiles et dangereux. Leur manigance se détournera d’eux en temps voulu.
    En attendant nous lutterons pour bien vivre tous ensemble et inchAllah dans la paix.

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