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Discours du président de l’UOIF

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Assalat oua salam ‘ala nabi

Au nom de Dieu le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux

Que les prières et la paix soient sur le Prophète

Discours du président de l'UOIFMesdames, Messieurs, Chers honorables invités, Chers amis, Chères sœurs, Chers frères,

C’est toujours un grand moment de spiritualité, de fraternité et d’échanges, que nous vivons pendant les quatre jours de la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF). Nous sommes cette année à la 29ème édition. Ces rencontres ont jalonnés l’histoire de l’Union des Organisations Islamiques de France pour confirmer un message de foi, de paix et d’ouverture.

Notre thème choisi pour cette année s’articule autour de trois fondements importants : la Foi, la Réforme et l’Espérance.

La Foi, c’est notre foi en Dieu Le Miséricordieux, Le très Miséricordieux… Deux attributs divins que nous répétons en début de récitation pour chaque sourate du Saint Coran.

Mais c’est aussi la foi en l’au-delà qui décuple les forces de l’homme pour faire le Bien, éviter le Mal tout en cherchant la récompense divine auprès du Seigneur.

Enfin, c’est la foi en l’homme, qui est capable, malgré ses faiblesses et ses imperfections, de s’élever afin de se conformer au sens premier de sa création. Cette harmonie entre l’homme et sa nature profonde est pour lui source de sérénité, de satisfaction et d’équilibre. Elle procure le sens véritable de son existence.

Quant à la Réforme, en tant qu’exigence continue, elle permet à l’homme d’avancer sur le chemin de la perfection et de la bienfaisance. L’islam a considéré que la réforme est une loi divine qui concerne tous les aspects de la vie et des créatures. Et ce sont la vivacité de l’homme et de son esprit, ses capacités à transformer son existence qui conduisent à La réforme. Le Prophète Mohammed, salutations et bénédictions de Dieu sur lui, a dit : « celui qui trouve que sa journée présente et sa journée précédente sont dans une situation identique, alors il est véritablement désavantagé »

Enfin, le troisième fondement est l’Espérance.

L’Espérance est la condition nécessaire pour surmonter les défis de la réforme et les épreuves du changement.

L’Humanité traverse une période difficile, qui se caractérise par plusieurs défis :

– Une crise économique qui n’a de cesse de produire des effets négatifs mettant en péril la justice et la solidarité

– Le combat contre l’exclusion et contre toutes les formes de racisme et de xénophobie qui dressent injustement des barrières entre les hommes

– Les problèmes liés à la dégradation de l’environnement et l’urgence qu’il y a à préserver la biodiversité et l’ensemble de la richesse qu’est la nature

– La nécessité de l’éthique dans notre vie moderne, et ce, dans tous les domaines de la vie.

– Le besoin qu’ont les peuples de s’entre-connaître pour se comprendre, se respecter et favoriser l’échange et le progrès

– Des conflits qui ne trouvent pas de véritables dénouements, des peuples qui militent pour leurs droits et leurs libertés à l’instar du peuple palestinien qui souffre de l’occupation et de la colonisation malgré toutes les décisions des instances internationales qui lui reconnaissent ses droits. Il y a d’autres peuples, dans d’autres contrées, qui luttent pour leurs libertés et leurs droits fondamentaux, et pour qui nous devons avoir le plus grand respect.

– Enfin, nos vies d’aujourd’hui sont toujours plus harassantes et stressantes. . Nous devons faire face à plus d’adversité et d’agressivité dans nos existences.

Néanmoins, face à ses difficultés l’espoir jaillit :

– Ces défis entraînent une prise de conscience de la part des citoyens dans différents pays du monde. Ils expriment le désir de plus justice, de solidarité et de partage. Beaucoup d’entre eux s’organisent en conséquence, et font preuve de belles initiatives.

– Avec cet élan de liberté et de démocratie, auquel on assiste avec le printemps arabe qui continue d’évoluer, nous ne pouvons qu’espérer des effets positifs pour les relations entre les pays du Nord et les pays du Sud.

Dans ce contexte mondial plein d’effervescence, les musulmans de France vivent aussi leurs propres défis.

Il s’agit principalement d’inscrire paisiblement l’islam dans le paysage religieux de notre pays. Nous sommes confrontés à trouver les bonnes réponses et les sages attitudes pour y parvenir. Trois champs s’ouvrent à nous.

– Le premier consiste à confirmer l’équilibre entre une fidélité aux principes de la religion et une insertion en harmonie avec le contexte et ce sans complexe.

– Le deuxième concerne l’effort pour unir les musulmans, au-delà de leur diversité ou de leurs divergences et de les réunir autour des grands principes qui constituent, depuis toujours, un socle consensuel entre les musulmans

– La troisième voie est celle de la Promotion de l’engagement citoyen, à travers une participation dans la société afin de servir l’intérêt commun.

L’UOIF est engagée communément dans ces trois voies depuis sa création. Les actes et publications de l’UOIF sont là pour en témoigner.

Concernant le premier champ, celui de la compréhension, il faut savoir que l’UOIF a énormément travaillé durant ses congrès, ses séminaires et ses colloques, tout au long de ces trente années, pour asseoir la pratique de l’islam sur une compréhension correcte et fondée, avec une approche éclairée mobilisant la Raison. Elle a toujours défendu une vision du « juste milieu » qui se réfère aux sources de l’islam, à savoir : le Coran et la Sunna – qui est la tradition prophétique – d’une part, et le consensus des savants musulmans d’autre part. Cela, en soutenant le travail d’interprétation légale qui produit une pensée intelligente et éclairante.

L’UOIF s’inscrit dans l’école réformiste moderne de l’islam. Dans ce cadre et depuis 1990, l’UOIF fut à l’origine de la mise en place de la formation des imams et des cadres religieux, à travers l’Institut Européen des Sciences Humaines (IESH) et ses deux établissements français.

C’est aussi dans le cadre de ce réformisme, que l’UOIF fut le premier à installer dans ses mosquées le sermon du vendredi en langue française.

Et c’est toujours dans ce même cadre, que l’UOIF a organisé le colloque scientifique de cette année, en février, pour promouvoir l’adoption du calcul astronomique afin de fixer préalablement les dates des mois lunaires.

Le deuxième champ, dédié à l’unité des musulmans a été investi par l’UOIF depuis les années quatre-vingt. L’UOIF a toujours cherché à s’associer aux efforts des organisations musulmanes de ce pays pour mettre en place une institution représentative. L’UOIF est une fédération fondatrice du Conseil Français du Culte Musulman, le CFCM. Le CFCM connaît malheureusement de réelles difficultés à cause des ingérences provoquant la division de la communauté musulmane selon l’origine ethnique. Les musulmans de France sont, pour la plupart, des citoyens français et doivent être libres de toute contrainte politique provenant de l’étranger.

Cependant, l’UOIF reste convaincue que les musulmans de France ont besoin d’une institution qui protège leur dignité et qui défende leurs intérêts.

Une réforme profonde du CFCM pourrait permettre l’adhésion des différentes composantes de l’islam de France, et notamment parmi les jeunes et les femmes. Une instance indépendante, loin des enjeux politiques partisans avec une structure légère et efficace. Pour y parvenir, il faut mener un travail serein et pragmatique qui réunit toutes les forces vives de l’islam de ce pays. L’organisation des assises de l’islam de France peut être une bonne démarche pour construire ensemble un consensus dans le domaine délicat de la représentation.

Une organisation comme la nôtre est donc amenée à dialoguer avec les pouvoirs publics et institutionnels. Ce dialogue ne signifie aucunement la subordination ou l’opposition avec les pouvoirs en place ou les partis politiques. Ce travail amène parfois des convergences ou des divergences, mais l’UOIF restera dans le rôle de sa mission à vocation religieuse, sociale et éducative.

Enfin, la troisième voie est celle de la participation citoyenne. Cette dernière constitue l’essentiel des orientations de nos programmes et de nos actions. La Rencontre Annuelle des Musulmans de France a traité, plusieurs fois, des thèmes relatifs à l’intégration, la citoyenneté, ou encore la laïcité. Et ce, afin de sensibiliser les musulmans à accomplir leur devoir de citoyens. Notre initiative, avec quatre autres organisations musulmanes, nommée « Appel citoyen » et disponible sur le site internet « Bougez-Votez.fr », incite non seulement à voter lors des prochaines élections mais aussi à apporter des contributions au débat démocratique. Cet effort commun confirme notre réel souci de la participation citoyenne.

Aujourd’hui, l’UOIF est une organisation forte de 29 ans d’existence, elle a toujours fondé son action sur la modération et porte un discours de vérité avec une ouverture d’esprit favorisant le débat et le dialogue.

L’UOIF, tout en étant attachée à l’effort d’intégration et de participation de la communauté musulmane à la vie de la société ainsi qu’au renforcement de la cohésion nationale, revendique aussi du respect, de la justice et de l’équité vis-à-vis des musulmans de France.

Dans ce contexte, les musulmans sont invités, plus que jamais, à prendre part dans la vie de la société et à exercer leur droit de vote. Agir en citoyen, c’est se battre pour les valeurs et les principes fondamentaux de nos sociétés démocratiques, c’est notre socle commun, et, dans le même temps, se battre pour ses opinions et ses espoirs. L’organisation de la vie publique permet et doit même encourager cela. La pluralité, la libre association, la liberté d’expression sont autant de facteurs qui soutiennent la démocratie et la font vivre. Nous enjoignons les musulmans de France à jouir de toutes leurs libertés pour servir cette citoyenneté qui, ne l’oublions pas, n’est pas seulement un devoir : c’est un grand privilège que d’autres n’ont pas. L’UOIF a continuellement mis la citoyenneté au cœur de son œuvre éducative, notamment pour les plus jeunes d’entre nous. Il est primordial d’enseigner à nos enfants, dès le plus jeune âge, qu’ils peuvent jouer un rôle positif qui sera à la mesure de leur engagement.

Nous ne pouvons faire fi du fait que les musulmans se sentent touchés par ce climat de stigmatisation. Stigmatisation qu’ils vivent depuis déjà de longues années, et qui s’est renforcée particulièrement pendant cette période électorale. Nous avions exprimé, lors de la polémique autour du Halal, notre crainte de voir introduit dans la campagne électorale, encore une fois, le thème de l’islam et des musulmans, et ceci malgré les sondages d’opinion montrant bien que les préoccupations des Français sont d’ordre économique et social.

La tragédie de Montauban et Toulouse, condamnée fermement par tous les musulmans, a malheureusement renforcé un discours politique qui ne fait qu’accroître la méfiance envers l’islam et confirmer l’amalgame. De nouveau, les récentes interdictions du territoire d’éminents savants, extrêmement populaires, n’ont malheureusement fait qu’accentuer le malaise.

Les musulmans de France, qui ont toujours fait preuve d’une grande responsabilité, y compris dans les moments les plus difficiles, restent fidèles à leurs principes et à leur éthique de fraternité et de respect du cadre républicain. Ils aspirent à un meilleur vivre ensemble.

Néanmoins, le contexte électoral nous incite à formuler des idées. Nous souhaitons pouvoir faire part, dans cette tribune, de nos attentes envers les futurs décideurs politiques. Nous souhaitons évoquer les thèmes du racisme et de l’islamophobie, de l’éducation de nos enfants, de l’égalité homme-femme, de la famille, de la solidarité et de la jeunesse :

– Le racisme et islamophobie : nous demandons la plus grande fermeté envers les délits de racisme, de xénophobie, d’islamophobie et d’antisémitisme. Cette lutte doit être sans exception que ce soit par la voie judiciaire ou par la voie de la prévention. Les libertés individuelles dont les libertés religieuses n’ont pas à être amoindries ou inquiétées en raison d’un climat de peur. Nous demandons aux responsables politiques, sur ces questions, de tirer la France par le haut et non par le bas en rognant sur nos libertés.

– L’éducation aussi ne doit être ni sacrifiée ni amoindrie car elle constitue l’avenir de notre pays. L’éducation doit transmettre et faire partager nos valeurs communes, une éthique commune, pour un meilleur vivre ensemble. Cet aspect moral ne doit donc pas être négligé dans les enseignements. De même l’enseignement du fait religieux, son histoire, doit être plus objectif. L’école doit être le véhicule qui permette à tous de se sentir français et d’en être fier. Ainsi, l’enseignement historique doit laisser une place importante à notre histoire récente et montrer l’apport des différentes vagues de migrations. Et ce, pour permettre aux jeunes, dont les ancêtres ne sont pas gaulois, d’avoir le sentiment d’être ancrés de manière positive dans l’histoire de France. Cependant, un enseignement de qualité ne peut reposer que sur des fondements stables que sont les enseignants. Ceux-ci sont dévoués et passionnés par le fait qu’ils transmettent un grand patrimoine culturel et scientifique mais ce dévouement noble et louable ne saurait compenser leurs difficultés. Il faut réformer afin de soutenir les professeurs dans cette mission.

– La famille est aussi une institution essentielle de notre société. En effet, l’UOIF considère que la famille est la cellule constituant le tissu de notre société. Si les familles françaises sont fortes, la France rayonnera aux quatre coins du monde. Les responsables politiques doivent s’investir pour que la famille soit le lieu d’épanouissement premier des individus. Il faut ainsi se donner les moyens de la renforcer par des mesures qui permettent d’harmoniser le rythme de travail avec celui de la famille, ce qui renforcera l’efficacité des travailleurs, de soutenir les femmes menant une activité professionnelle et celles qui souhaitent élever leurs enfants seules, afin de concilier l’épanouissement personnel et la productivité dans la société. Sans rien diminuer de la liberté individuelle, nous souhaitons que la famille soit issue de la réunion d’un homme et d’une femme. La famille doit aussi être le socle de l’égalité homme-femme à travers le partage des responsabilités.

– En effet, la question de l’égalité homme-femme est de la plus grande importance. Les pouvoirs publics doivent s’investir pour faire de l’égalité homme-femme une réalité. Les écarts de salaires, à compétences égales, ne sont pas admissibles. Pire encore, la violence faite aux femmes, physique ou morale, engendrant parfois des drames familiaux et des traumatismes est à enrayer totalement.

– Il est aussi nécessaire d’apporter notre contribution à la solidarité. Le droit doit continuer à protéger les plus fragiles d’entre nous et la politique sociale doit mieux les soutenir. La solidarité est un ciment, c’est un des facteurs essentiel de la cohésion nationale. Elle doit se déployer à tous les niveaux, vers toutes les populations et à tous les âges. Le chômage massif conduit à une paupérisation très inquiétante, cette dernière impactant d’abord les enfants. Les personnes âgées, les personnes handicapées et les étrangers sont autant de laissés-pour-compte. La liberté ne peut avoir de portée si elle ne sert que soi même. Nous souhaitons un meilleur partage des richesses afin que les moins bien lotis accèdent à une vie décente.

– La question de la jeunesse nous tient à cœur. Nos jeunes, en particuliers dans les quartiers, peinent à trouver un emploi ou une formation adéquate et valorisante. Il est plus que temps que ces jeunes aient accès aux meilleurs services de ce pays pour entrer dans la vie active, facteur d’équilibre et de responsabilité. Nous tenons à dire que l’UOIF est au côté de la jeunesse qui s’interroge sur son avenir, sur les contradictions de notre société et sur l’image que cette dernière leur renvoie d’eux-mêmes. Nous leur disons que nous sommes à leurs côtés pour bâtir un monde plus juste, un monde qui laisse la place à la différence et à la diversité des hommes et des opinions, et qui fait de la solidarité un projet social. L’UOIF est avec ceux qui se battent pour la paix et la justice car c’est agir en conformité avec le message de Dieu.

Les élections présidentielles sont aussi un souffle nouveau pour regarder vers l’avenir. Et nous regardons dans sa direction avec l’espoir de jours meilleurs. L’espérance ne nous quitte pas. Nous avons espoir en une société meilleure, plus juste, capable de donner à chacun les moyens de s’élever et d’occuper la place qui est la sienne sans ressentiment ni difficultés.

Mesdames, Messieurs, je vous remercie.

Dr Ahmed JABALLAH

Président de l’UOIF

www.uoif-online.com

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